Avancer

Vendredi 2 avril 2021 – Fin de la quatrième semaine de rééducation
Cette semaine, il a fait très beau. Dans la salle de réadaptation, à travers la baie vitrée, je regarde avec envie des personnes marcher et courir. Des frissons traversent mon échine  et des tremblements parcourent mes jambes. Je suis consciente que je ne peux pas être jalouse: je n’arrive même pas à marcher correctement.
J’ai pourtant laissé ma béquille à la maison et je me déplace comme je peux, parfois en avançant d’appui en appui.
Je ne sais pas si je progresse réellement mais tout est si lent et je ne suis pas satisfaite. Je pensais réellement que j’allais m’en sortir toute seule et qu’avec ma volonté,  je n’avais besoin de personne,  comme d’habitude,  pour me sortir de ce pétrin.
100° de flexion m’a annoncé le kiné. C’est déjà correct mais je ne peux m’en réjouir.  Je suis déçue de moi-même, de mon incapacité à m’autoréparer, comme les lézards. Certes, je peux monter les escaliers marche par marche mais mon ascension est fastidieuse et lente. Je ne ressens pas de réelle douleur mais une étrange compression au niveau du genou mais qui ne me renseigne pas sur l’état de cicatrisation de ma fracture.  Suis-je en train de trop m’écouter ou pas assez?

Appareil pour quadriceps

Si j’étais sûre que l’ostéosynthèse tient le coup, je ne me ferai aucun cadeau. Je connais le sens de l’effort et des sacrifices. Je suis exigeante avec les autres et encore plus avec moi.

Je suis ma propre adversaire et ma seule ennemie.

J’ai définitivement relégué mes béquilles au placard. Ma démarche est incertaine, disgracieuse et dandinante, même si je m’applique à dérouler mon pas consciencieusement. A mesure que les mètres défilent, la mauvaise posture prend souvent le relais et je choisis la position la plus facile mais aussi la plus risquée pour le futur: je boite. Je fais fi de mes bonnes résolutions et j’adopte de mauvaises attitudes.

Mon appui sur ma jambe opérée devient plus assuré, je me surprends à monter et descendre les escaliers en alternance. Néanmoins le matin, j’ai toujours l’impression de posséder une jambe de bois pendant au moins dix minutes.

Je sais que je ne serai jamais plus comme avant, quoiqu’on me dise.

Je vais certes marcher mais la course à pied me semble un objectif bien ambitieux.

J’ai perdu l’envie, la passion qui m’animait jusqu’alors.

Mais une dernière fois, je veux effectuer un dernier footing, je dois renverser le sort en terminant le parcours de ce jour du 13 décembre 2020 où ma vie a basculé.

le 13 décembre 2020, 30 minutes avant …

Ce qui m’est arrivé ne doit pas me détruire mais me construire. Je relativise ma situation qui aurait pu être dramatique.

Avec des si…

Si…

Je refais le monde, je refais Mon monde.

Si…

Je ne peux, je ne dois pas revenir en arrière.

Je ne dois pas rester sur place non plus.

Vouloir figer le temps c’est comme essayer de retenir l’eau de la rivière entre mes doigts. Elle file a toute allure et ne me laisse que le souvenir de gouttes sur la main.

Alors j’avance, à tout petits pas.

J’avance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *