Le jour où ma vie a basculé

Dimanche 13 décembre 2020

C’est une matinée bien fraîche comme je les aime. Avec une température idéale pour moi de 10°C. Je me sens en pleine possession de mes moyens et prête à conquérir le monde.

Mon dernier saut

J’entame la fin de la première semaine de mon plan d’entraînement, car malgré la pandémie, j’espère toujours pouvoir participer à mon 37ème marathon qui devrait avoir lieu en avril 2021, en report de celui d’avril 2020. Même si je commençais à trouver moins de plaisir dans la compétition.

J’ai décidé que cette course sera ma dernière au bout du monde, en Patagonie. Dont l’évocation du nom laisse présager de grandes aventures et des découvertes de paysages époustouflants.

Aujourd’hui, je vais pouvoir allonger mon temps d’entraînement, avec des fractionnés en côtes, celles que j’ai repéré lors de mes dernières sorties. J’ai tout prévu, le nombre de montée et de descentes, un parcours sans faille. Je quitte la maison enjouée, pleine de force. J’enclenche ma montre GPS. Je me concentre. Je sais que la séance sera difficile, je décide alors de prendre des photos et vidéos dans le parc avant de débuter réellement.

Mon allure est parfaite, je me sens pousser des ailes. Je croise des voitures sur la départementale qui roulent à toute allure. Je m’arrête sur le bas-côté et je mets en pause ma Garmin.

Première descente, la route est calme. Une voiture arrive en face. Elle va tourner.

Un choc violent me projette au sol.

Je me retrouve allongée à terre au milieu de la chaussée. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Le conducteur s’est arrêté, sort affolé de sa véhicule et me demande si je vais bien et veut m’aider à me relever.

Je n’ai pas mal. Je regarde mon pied gauche. Quelque chose cloche dans sa position quand j’essaie de le bouger. Je sens que c’est grave. Très grave.

Scanner

Je ne veux pas bouger, je sens que je doit rester immobile.

Je demande au chauffeur d’appeler du secours et surtout mon mari.

Je reste à terre, je n’ai pas peur, je grelotte.

Puis tout s’enchaîne, l’arrivée des pompiers, de la gendarmerie, de mon mari.

Je n’ai pas de douleur mais je sais…

Dans le camion des pompiers, l’infirmier essaie de me rassurer, mais je sais…

A l’hôpital, les examens s’enchaînent. En premier lieu, mon premier test PCR Covid est très désagréable. A voir la tête des manipulateurs radio, je comprends rapidement que mon cas nécessite un avis chirurgical en urgence. Je refuse de regarder les clichés, je fais confiance et je ne veux pas savoir. Quand le médecin vient me voir dans la chambre pour m’expliquer le déroulement de l’intervention qui aura lieu dans une heure, je ne pense à rien. Juste à prévenir mon mari en lui disant de ne rien dire aux enfants. Le personnel hospitalier est agréable, rassurant.

Fracture de l’extrémité inférieure du fémur

L’opération se déroule sous rachianesthésie tandis que j’assiste à toutes les manipulations derrière un rideau vert. J’entends toutes les conversations de l’opérateur et de l’interne qui l’assiste. Il incise, sépare, visse, dévisse, tire sur ma jambe, il coagule, coud, agrafe.

Je suis partagée en deux, ma tête et le haut de mon corps que je n’ose bouger et le bas complètement paralysé que je ne peux maîtriser. C’est fini, je rappelle le chirurgien avant qu’il ne tente de partir se coucher car j’ai besoin d’avoir un compte-rendu.

Il est 21h00 quand je remonte du bloc. Je rappelle mon mari pour le rassurer et je refuse de prendre un antalgique.

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